A Evreux, la famille de l’assaillant de Conflans «très discrète, qui ne fait pas de bruit»

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«Je suis abasourdi. C’est une famille très gentille, qui n’a jamais eu de problème. On ne se parlait pas beaucoup, mais jamais je n’aurais pu penser qu’il vienne d’ici.» Médusé dans le hall d’entrée de son immeuble, Ben accuse le coup ce samedi. Jusqu’en début d’après-midi, ce voisin de la famille d’Abdullakh A., l’assaillant qui a décapité un professeur d’histoire à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) avant d’être abattu par la police, ignorait tout du drame qui s’était noué la veille.

Il n’est pas le seul. Dans le quartier populaire de la Madeleine à Evreux, où réside la famille, la plupart des résidents ont mis du temps à faire le lien entre l’attentat en région parisienne et la provenance de l’agresseur présumé. D’autant que ces immeubles –l’ensemble «Peyresourde»–, en dépit de leur situation face à la maison d’arrêt d’Evreux, représentent un «secteur calme du quartier, comparé à d’autres endroits où ça bouge davantage», s’accordent à dire les habitants rencontrés.

Un calme brisé vendredi soir vers 23 heures, lorsqu’une nuée de policiers est venue interpeller le grand-père, la mère et le petit frère de l’assaillant, âgé de 17 ans. «Je n’ai pas compris ce qu’il se passait», glisse un résident qui vide ses poubelles, à quelques mètres de la grille qui donne sur l’appartement familial. Vendredi, il rentrait de Paris, où il travaille, lorsqu’il aperçoit «plein de lumières, et plusieurs voitures de police. Je suis resté bloqué à l’extérieur sans savoir ce qu’il était arrivé. Je n’ai pas pu rentrer chez moi avant minuit ou une heure du matin».

Au lendemain de l’intervention des forces de l’ordre, certains essayaient de comprendre. «Ceux qui font ça sont des gens ignobles, sans pitié. C’est inadmissible. On ne peut pas décapiter ou maltraiter des personnes comme ça», insiste Ben, qui n’arrive pas à imaginer l’assaillant comme étant membre de cette famille issue de la communauté tchétchène. «Il ne faut pas que cela jette l’amalgame sur tous les musulmans.»

A vrai dire, ils sont assez peu à pouvoir dire qu’ils connaissaient bien l’assaillant et ses proches. Tous s’accordent en revanche pour décrire une famille «très discrète, qui ne fait pas de bruit». «Généralement, c’était des bonjours bonsoirs», confesse Ben. Selon plusieurs témoignages, la famille se serait établie dans le quartier il y a environ trois ans. Ce que tend à confirmer Monique, une habitante historique des lieux, à la Madeleine depuis 1969. Hormis «les enfants en bas âge qui jouent en bas de l’immeuble, on ne peut pas en dire grand-chose, si ce n’est qu’ils s’habillaient toujours en noir», note-t-elle dans l’entrebâillement de la porte de son appartement. 

Sophia, 18 ans, habite un appartement dont l’une des fenêtres donne sur l’immeuble. Elle a entendu la porte «se fracturer» au moment de l’interpellation nocturne. Posée dans l’allée qui borde l’ensemble Peyresourde, la tout juste majeure accuse le coup. Elle connaissait Abdoullakh, «un gars très respecté. Il a des amis mais je le voyais souvent seul, à faire des allers-retours (au quartier). C’est quelqu’un qui ne parle pas aux gens». Sophia le décrit comme quelqu’un qui avait «une tête de personne énervée, qui impressionnait quand on le voyait. Je sais qu’il s’est déjà battu». Le jeune homme aurait été un adepte des sports de combat. «Il aimait bien le sport, courir», complète Sophia, qui précise qu’à côté il savait être quelqu’un «de très serviable, toujours là pour sa famille. Dès que j’avais un problème avec un de ses petits frères quand ils faisaient le bazar, il les engueulait». 

Non loin de là, une jeune fille du même âge, vêtu d’un survêtement noir, sort du bâtiment où loge la famille pour promener son chien. «Choquée» en apprenant les événements de la veille, elle raconte être une ancienne camarade de classe d’Abdoullakh. Dès la primaire, puis au collège. Elle évoque un garçon «discret, qui ne parlait pas beaucoup, et traînait surtout avec des garçons de son âge. Il ne parlait pas vraiment aux filles». En classe, elle se souvient de quelqu’un qui «aimait faire rire la galerie. Il n’avait pas envie de bosser». La dernière fois qu’elle l’a vu, il aidait son père à ramasser les courses. «C’était quelqu’un de normal. Je ne comprends pas pourquoi il a fait ça.»

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