«Monsieur Paty, il était trop drôle, on voulait tous l’avoir»

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Samuel Paty, le professeur d’histoire-géo assassiné vendredi, était apparemment un as en blagues. Charlotte (1), 13 ans, raconte combien il pouvait faire rire, en classe. «Il était trop drôle. Par exemple, quand il voyait que l’on s’endormait un peu, il disait d’un coup “Kinder bueno” assez fort. Forcément, on se réveillait.» Et Samuel Paty reprenait son cours… D’autres fois, il criait «allez hop, tous sur les PC…. En fait, non, je blague!» Charlotte se souvient aussi d’un «truc» qui la faisait rire par-dessus tout : «Quand il passait dans les rangs derrière nous et disait “hum, il n’y a pas d’interrupteur, c’est bien ce que je pensais”. Gros blanc à chaque fois, et toute la classe rigolait.» Samuel Paty, 47 ans, enseignait depuis plusieurs années dans ce collège calme, d’un quartier pavillonnaire de Conflans-Sainte-Honorine. Il faisait partie des trois profs chouchous du bahut, à en croire Charlotte, «on voulait tous l’avoir». Ses élèves étaient nombreux ce samedi massés devant le collège pour lui rendre hommage. Certains ont déposé des fleurs, des roses blanches. Des professeurs aussi étaient là, mais plus discrets, assommés par l’émotion. Un agent d’entretien de l’établissement, parti à la retraite le mois dernier, a déposé un petit mot: «que votre repos soit doux comme un duvet et léger comme un nuage». Quand il saluait l’enseignant dans les couloirs «il me répondait avec une petite voix timide et très humble. Il semblait vraiment une personne introvertie qui portait la modestie en lui.»

Samuel Paty a fait ses études l’université Lumière, à Lyon-II puis à l’IUFM de Lyon. C’était au début des années 90. Christophe Capuano, maître de conférences, un copain de promo se souvient : «Un gros bosseur, un étudiant brillant et un très bon enseignant. C’était un homme de dialogue qui ne voulait jamais choquer. Il a mené sa mission d’enseignement avec courage.» En 1997, son Capes d’histoire-géo en poche, il atterrit comme beaucoup de jeunes profs en région parisienne. Il fera entre autres un passage à Torcy en Seine-et-Marne. 

Tous les élèves à qui nous avons parlé emploient les mêmes mots, pour le décrire. «Monsieur Paty, il était drôle et gentil. Même ceux qui n’aimaient pas l’école étaient attentifs avec lui», assure Ilyes. Il ajoute – et sans doute un des plus beaux compliments pour un enseignant : «Monsieur Paty il donnait envie d’apprendre.» Jean-Philippe, aujourd’hui en classe de seconde: «Il soignait ses approches, dressait des ponts entre les différentes matières, montrant les évolutions de l’histoire des idées, les ancrant dans le contexte de l’époque. Il créait toujours des moments de débat, ne les orientant jamais vers un quelconque parti.» Ludérick, l’un de ses quatrièmes se souvient qu’il portait tout le temps des chemises et des jeans. Une seule photo de lui circule en boucle sur les réseaux sociaux ce samedi. En tee-shirt, sac en bandoulière, au bord de la mer. Son regard, masqué par les lunettes de soleil, semble regarder au loin. 

Le souvenir de Ludérick est un peu flou sur ce fameux cours, où l’enseignant a montré les caricatures de Mahomet  : «Il a proposé aux élèves musulmans de sortir de la classe et il nous a montré une image de Mahomet nu. Il a expliqué que c’était une caricature. Après, les élèves sont revenus et voulaient savoir mais sur le moment, on n’a rien dit et on a repris les cours comme si de rien n’était.» Le professeur montrait les caricatures chaque année dans le cadre des cours d’éducation morale et civique (EMC). La fille de Mounia l’a eu comme enseignant pendant deux ans. Et les deux années, elle a fait la même séance autour des caricatures, sans que cela ne suscite d’émoi chez les élèves et leurs parents. Elle se souvient de la première fois. «Elle était surprise parce qu’elle ne connaissait pas du tout le monde de la caricature. Et comme ça touchait le prophète, ça l’a touchée. Je lui ai expliqué que c’était à prendre au second degré. C’est à nous, en tant que parents, de leur expliquer aussi, parce que selon la maturité des gamins, ça ne passe pas forcément.» Mounia veut surtout se rappeler de ce «prof très investi», qui avait «assuré» pendant le confinement au printemps. «Il était bienveillant, à l’écoute des élèves et des parents. Il faisait bien son travail.» Aujourd’hui, sa fille est «sous le choc. Elle l’adorait». 

Ses élèves ont passé la moitié de la nuit de vendredi à samedi sur Snapchat, à réfléchir à comment «honorer sa mémoire». Charlotte raconte ce projet de dessin géant, que les élèves voudraient coller sur les vitres du collège. Il y a encore débat sur le contenu: certains penchent pour un dessin sur l’esclavage, qu’ils ont appris en classe avant de parler de l’islam. D’autres militent pour un dessin sur la liberté d’expression. Sur le site internet du collège, le prof avait posté des photos de l’exposition de dessins d’élèves qu’il avait organisée l’année dernière. Le thème était «Liberté, égalité, fraternité». L’Elysée a annoncé un hommage national mercredi.

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