Sur le papier, The Morning Show semble avoir tous les ingrédients pour une série légère et glamour qui promet aux téléspectateurs une retraite complète du monde réel : on y voit deux actrices qui se sont longtemps cantonnées à de simples comédies romantiques – Jennifer Aniston et Reese Witherspoon – jouez un duo de stars de la télévision du matin, le tout dans des tenues de haute couture et sur fond de décors luxueux. Mais il ne faut pas se laisser berner par les looks : dès sa première saison (2019) et encore plus dans la seconde (qui le 17 sera le digne héritier du grand film de Sidney Lumet à la télévision américaine, Network (1976).

En effet, le diffuseur fictif (appelé ici UBA), dont l’histoire se déroule dans les coulisses, agit comme une allégorie de la société dans son ensemble, comme chez Lumet. L’intrigue lève le voile sur la dureté des relations humaines dans l’entreprise ( tandis que les journalistes à l’écran le faux bien souligne le pouvoir écrasant des actionnaires et le rôle des enjeux économiques dans la gestion de l’information. Le choc sur la survenance du Covid-19 et la première incarcération est évoqué. Mais le thème central de The Morning Show est – dans l’air du temps – le mouvement #MeToo et la culture de la démolition. Dans la première saison, l’intrigue tournait autour de la chute dramatique de Mitch (Steve Carell), un être J’ai adoré l’animateur de l’émission matinale qui a été accusé de harcèlement sexuel.

Cette saison deux, Mitch réapparaît (il a trouvé refuge à Rome, dans une Europe beaucoup moins dure avec de tels scandales), mais l’intrigue principale tourne autour du partenaire de Mitch à l’écran. Alex Lévy (Jennifer Aniston). Le personnage, spécialement conçu pour Aniston, est une ex-petite amie d’Amérique dont le public pense tout savoir, mais dont l’apparence parfaitement lisse cache une agonie sans fin. Mais Alex, après avoir endossé une façade de solidarité avec les victimes de Mitch, s’avère bien moins innocent qu’il n’y paraissait… Une grave erreur à laquelle ni son co-animateur Bradley (Reese Witherspoon) ni une rivale Interviewer n’échappe à Laura (Julianna Margulies) au risque de tout perdre.

Le résultat est que dans ce monde impitoyable qui ne leur fera jamais de cadeau, Alex et Bradley sont volontairement méchants et capables de tout, pour sauver leur peau. Même tendance avec le charismatique Cory Ellison (Billy Crudup), qui jusqu’alors avait affronté toutes les situations dangereuses avec un sourire joyeux et une franchise troublante et est désormais bien plus inquiétante. C’est en tout cas un virage vers les ténèbres qu’a pris le Morning Show. Dans les dialogues, plus dévastateurs que jamais, dans les situations qui flirtent avec la tragédie, et même dans le message de clôture : Dans les derniers épisodes de la saison et après des aventures cachées, la série condamne sans ambages la culture de l’abandon.

Ce n’est pas cette dernière surprise de la saison 2 : loin d’offrir un regard suffisant sur Hollywood, The Morning Show s’inscrit dans une tradition d’autocritique qui remonte aux années 30 et la première version de A Star voit le jour (William Wellman, 1937) . Comme dans ce film (qui a donné lieu à plusieurs remakes) ou dans les satires médiatiques Le Gouffre aux chimères (Billy Wilder, 1951) et Un homme dans la foule (Elia Kazan, 1957), la société du spectacle est ici représentée comme une horrible théâtre qui génère des egos démesurés (Bradley, au début de l’histoire un parfait inconnu, se comporte déjà comme une star qui a droit à tout) et écrase les êtres les plus fragiles.

La fascination est bien sûr due à la présence de les deux grandes stars Jennifer Aniston et Reese Witherspoon ont renforcé au générique. Le chagrin mêlé de haine qu’Alex exprime au public qui croit avoir des droits sur elle résonne comme une confession voilée de l’actrice. The Morning Show utilise l’attraction de ses stars et la sympathie qu’elles suscitent avec une grande intelligence. Ainsi séduit, le spectateur se retrouve entraîné dans un univers infiniment sombre, presque à contrecœur, dans lequel il n’a aucun point d’attache. Acide, punchy et juste, la série phare d’Apple TV ne nous a pas surpris bien longtemps.

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