Il y a près d’un an, le nageur Théo Curin, vice-champion de natation 100 et 200 m nage libre en 2017, a renoncé à participer aux Jeux Paralympiques de Tokyo pour se lancer dans sa propre aventure : la traversée des 122 km de Route en autonomie complète Lac Titicaca au Pérou, l’avion navigable le plus haut du monde, en remorquant un radeau de 500 kg. Pour l’accompagner dans ce lac de la Cordillère des Andes, berceau de la civilisation inca, deux profils expérimentés : Malia Metella, 39 ans, médaille d’argent du 50 m nage libre aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 et Matthieu Witvoet, 27 ans, éco- aventurier qui a fait le tour du monde à vélo et a traversé le détroit de Gibraltar à la nage pour attirer l’attention sur la pollution plastique. Le trio est parti le 10 novembre pour une traversée de près de deux semaines dans des conditions difficiles. Leurs plus grandes craintes se sont réalisées : des conditions météorologiques extrêmes entravent leur progression. Des vents de près de 25 km/h, des courants forts, des averses de grêle… les records de lenteur sont liés, comme disent les aventuriers, qui résument leurs journées sur les réseaux sociaux.

Pas de quoi effrayer Théo Curin. Plein d’activités et de projets, avec son visage d’ange et sa détermination sans faille, ce sportif de haut niveau relève tous les défis. Une faim insatiable de vie pour le nageur paralympique de quatre amputés après une méningite soudaine qui l’a mené au bord de la mort à l’âge de 6 ans. Il le répète encore et encore : il peut tout faire, mais différemment des autres. Des tâches quotidiennes d’un jeune de 21 ans aux activités plus extraordinaires. Sauts en parachute en tandem, matchs de tennis avec une prothèse fabriquée par ses soins, il est aussi le premier quad amputé à avoir réalisé un demi ironman (1,9 km de natation, 90 km de vélo et bien sûr un semi-marathon en fauteuil roulant), la série vient de revenir Plus belle la vie, s’il n’est pas mannequin pour Biotherm, chroniqueur télé dans Le Magazine de la santé, ou animateur d’une fiction à venir pour TF1… Bref, il est partout. Et il aime ça. Théo Curin s’est confié au Point quelques heures avant le début de son aventure péruvienne.

Le Point : Relever un tel défi n’est pas un acte anodin pour un athlète. Quel a été le déclencheur ?

Nous tractons le Radeau de 500 kg Nage en alternance avec une corde pendant la journée et essaie de dormir dans ce radeau de 4 m de large et 8 m de long la nuit. Pendant que l’un de nous tracte le radeau, les deux autres s’affairent à diriger le radeau avec une perche pour maintenir le nageur en ligne. De nombreuses tâches nous attendent sur le radeau : préparer la nourriture, faire le plein du nageur toutes les 20 minutes, filtrer l’eau car nous allons boire l’eau du lac, etc.

Matthieu Witvoet s’est entraîné à faire des points de suture Theo Curin

Nous prendrons soin de nous : Nous nous occupons de la nutrition (avec des aliments lyophilisés), de la survie et de l’aspect médical. Pas de médecin aux alentours. Et lorsque nous sommes au milieu du lac, cela peut prendre plusieurs heures pour que les secours nous parviennent. Matthieu Witvoet a donc suivi une formation afin de pouvoir réaliser des points de suture, nous avons un défibrillateur dans le radeau, bref, pour pouvoir agir et surtout réagir aux premiers signes. Nous avons parcouru un long chemin sur ce site d’aventure et j’en suis très fier, cela ajoute une dimension assez folle à ce défi.

Dans des conditions complètement différentes de vos habitudes. Longues distances, nage en eau libre, etc. Vous n’avez pas peur de vous perdre ?

J’ai dû faire face ces derniers mois à des conditions que je n’aurais jamais pensé rencontrer. Froid par exemple ! Je n’avais jamais nagé dans une eau à 10°C auparavant. Ma distance préférée est le 200 m nage libre, soit 122 km ! N’oublions pas l’altitude, car nous sommes à 3 800 m avec une perte d’oxygène comprise entre 30 et 40 %. Je n’ai pas peur de me perdre, mais je m’inquiète un peu de toute cette accumulation de nouveaux facteurs. En plus, il y a la fatigue du jour et de la nuit. La météo aussi avec toutes ses variations. C’est la période la plus douce au Pérou en ce moment, mais les températures sont entre -3 et 12°C. Nous serons sur l’eau donc l’humidité rendra tout encore plus froid. Tirer un radeau de 500 kg est une chose, mais lorsque le vent, qui atteint parfois jusqu’à 30 km/h, joue le jeu et passe de face, cela peut vite devenir un enfer ! Les conditions météorologiques me semblent également nouvelles. Lorsque vous concourez à un très haut niveau, tout est facturé. Chaque geste, chaque seconde, chaque mètre, chaque coup de bras. Nous y sommes formés, mais le nombre d’inconnues reste élevé. Mais je me sens prêt. Je suis très excité, j’ai hâte de le faire.

Au-delà du défi physique, il y a une dimension environnementale à un radeau fabriqué à partir de matériaux recyclables ou recyclés. Cela vous intéresse-t-il ?

C’est important parce que ce n’est que notre avenir. Tout projet imaginé aujourd’hui doit prendre en compte l’aspect écologique. Bien sûr, je voulais un enjeu environnemental pour ce challenge. Matthieu Witvoet, éco-aventurier, nous a apporté son savoir, ses mises en garde, mais aussi les solutions possibles. Par conséquent, tous nos envois sont respectueux de l’environnement. Nous avons compté tous nos déplacements et actions en émissions de CO2, mais surtout les avons traduits. Nous n’aurons pas de déchets, nos aliments seront emballés en vrac dans des sacs en silicone réutilisables. Tout a également été pensé pour que nous laissions une belle image lorsque nous quittons le Pérou après l’expédition. Notre radeau, par exemple, devient une sorte de bateau à ordures pour les familles qui vivent sur les îles du lac, où les ordures ne sont pas forcément bien ramassées. Nous la proposerons à l’Institut de recherche pour le développement, établissement public français pluridisciplinaire, et à ses partenaires de l’Université de La Paz, qui réalisent des études scientifiques sur le développement durable. Un cercle vertueux se construit.

Bien sûr. C’est mon objectif quotidien. Dans tout ce que je fais, il y a toujours une partie que j’imagine pour marquer les esprits. Pour que chacun puisse se dire : « S’ils peuvent, pourquoi pas moi ? Je ne suis pas un super-héros. J’essaye de me donner les moyens et de me convaincre que le handicap ne doit pas freiner mon envie trop réfléchie. Nous devons continuer à casser les codes. Et dites-vous que vous pouvez toujours vous mettre au défi.

(Rires.) Gagné ! Mais je ne peux rien dire pour le moment. Quand j’arrive de l’autre côté du lac, je sais que je dois avoir un autre défi en tête. Je travaille comme ça, avec une carotte. Cela me motive à faire de l’exercice. Ce sera certainement un grand défi sportif pour 2022. A bientôt ! ​​

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