L’humour de Pierre Dac : une certaine idée de l’humanité

Si je dis Montreux, Marrakech et Bordeaux par exemple, on pense Jazz, soleil et vin ce qui est juste. Mais ces villes, comme d’autres encore, ont aussi en commun d’accueillir dans leur murs ce qu’aujourd’hui l’on a pris l’habitude de classer comme le 11e art : l’humour.

“Des matinales d’information rythmées par les billets d’humeur et les pastilles d’humour, aux émissions de télévision dans lesquelles les humoristes s’insèrent entre les chroniques et interviews”, en passant par les « seul(e) en scène », l’humour a pris une place importante dans notre sociétés. 

J’aime à me souvenir que le texte biblique, parmi les trois patriarches, nous fait découvrir que le second, Isaac, yisthaq en hébreu, évoque le rire. Isaac signifie en effet « il rira ». 

Fils improbable de deux quasi centenaires, Abraham et Sarah, sa naissance fut alors ressentie comme un grand éclat de rire, comme une bonne blague. 

Tout se passe comme si, entre les fondations du passé représentées par Abraham, et les constructions futures de la lignée, représentées par Jacob, il était nécessaire que l’humour sen mêle. Et en modifiant à peine une réflexion de Bergson à propos de la conscience ne pourrait-on pas dire alors que l’humour est ce trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. »

Et si l’histoire a besoin d’humour c’est peut-être pour soustraire le monde à l’enchaînement mécanique et inéluctable des causes et des effets et lui offrir une poésie qui est dans la digression, dans la biffure dirait Levinas, dans l’incalculable : miracle de l’imprévu et du hasard, chance d’un temps où le futur se conjugue à l’inattendu ! 

Mais qu’est-ce que l’humour ? Est-ce seulement ce qui nous fait rire ? N’est-il pas un vocable trop général qui gomme les nuances ?  n’y a-t-il pas d’autres formes à interroger ? L’ironie par exemple ! ? Et le comique ? Peut-on rire de tout ? Où placer les limites ? Ne faut-il pas aussi se méfier d’un certain politiquement correct qui conduit parfois à l’auto-censure ! Comment l’humour-t-il a évolué ? Comment s’est-il diversifié ?  

Pour répondre à ces questions ne faut-il pas dès lors inverser la formule et dire que si l’Histoire a besoin d’humour, l’humour aussi a besoin d’histoire !

Invitation à approfondir les filiations, les maîtres et les héritiers, les styles et les courants. les influences, les oppositions, les métissages et les intertextualités. Invitation à sortir des confusions et des crispation idéologiques qui nous empêche de penser.

Invitation aussi à interroger les grandes figures tutélaires parfois restées à la marge, entre l’ombre et la lumière, pour disparaître un temps mais comme le phénix renaître des cendres de l’histoire et recevoir une place méritée, c’est-à-dire de laquelle leur parole reste précieuse et ouvre des chemins nécessaires pour construire l’avenir.  

Et c’est en ce sens, sans doute, que le Musée d’art et d’histoire du judaïsme a pris une belle initiative de proposer du 15 octobre 2020 au 28 février 2021 une grande exposition intitulée « Du côté d’ailleurs », consacrée à l’un des plus grands artistes du verbe humoristique. J’ai nommé Pierre Dac !

Après avoir été pendant de longues années conservatrice au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) Anne-Hélène Hoog est aujourd’hui directrice du Musée de la Bande Dessinée à Angoulême. 

Génie de l’humour, Pierre Dac a durablement marqué la culture française du xxe siècle. Issu d’une famille juive alsacienne qui choisit la France après l’annexion allemande de 1871, patriote engagé durant la Première Guerre mondiale, Pierre Dac débute comme chansonnier avant de s’imposer à la radio dans les années 1930 en créant les premières émissions humoristiques. Il fonde ensuite L’Os à moelle, hebdomadaire officiel des « loufoques », qui remporte un succès exceptionnel.

Militant contre l’antisémitisme dès 1935, résistant au régime de Vichy, il rejoint Londres en 1943 et devient l’un des « Français parlent aux Français » sur Radio Londres.

Après la guerre, son duo avec Francis Blanche triomphe à la scène et sur les ondes : le sketch « Le Sâr Rabindranath Duval » est aujourd’hui un classique, et le feuilleton Signé Furax la série la plus écoutée de l’histoire de la radio.

Enfin, on doit à ce maître de l’absurde l’invention du schmilblick qui, ne servant à rien, peut par conséquent servir à tout !

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Source: https://www.franceculture.fr/emissions/talmudiques/lhumour-de-pierre-dac-une-certaine-idee-de-lhumanite

Pierre Dac

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