Elle a été une enfant-actrice et a réussi à devenir l’une des actrices et réalisatrices qui comptent dans le cinéma français. Dans la vie, Maïwenn est une femme entière et passionnée. Conversation autour de la sortie de son nouveau film “ADN”.

Dans ce salon du Pillows Grand Hotel Reylof, à Gand, Maïwenn me détaille avant que je n’aie posé la première question. Elle veut savoir d’où vient mon pull et remarque la couleur de mon mascara. D’habitude, c’est plutôt l’inverse. Mais Maïwenn est justement différente. Elle regarde les gens. Et c’est sûrement l’une des choses qu’on apprécie dans ses films. De son côté, la jeune femme possède le chic à la française. «Effortless». Sans effort. Et nous ne portons pas de masque. Ce qui me permettra d’apprécier son sourire large comme la vie, à deux mètres de distance. Avant «ADN», son sixième film, elle avait déjà fait une ébauche des thèmes qui y sont abordés dans «Pardonnez-moi». Et surtout, elle insiste pour que vous ne prononciez pas les mots «autobiographique» et «personnel» quand vous parlez d’«ADN». Même si ça parle quand même beaucoup de ce qu’elle connaît de la famille. Celle d’où elle vient.

Moi, je pose des questions, je ne donne pas de réponses. J’y ai mis énormément de fantasmes dans ce film. Il est plus fantasmatique qu’autobiographique. Mais il est personnel dans le sens où j’y ai mis des émotions qui m’ont traversée mais j’y mets aussi tout ce que j’aurais aimé traverser, voir, entendre, faire, dire.

(Rires). Je pense tout comme vous! D’ailleurs, j’accorde énormément d’importance à la manière dont les gens se présentent. Cela dit tellement de choses. Si on est ouvert d’esprit et si on interprète avec bienveillance.

(Rires). Vous vous trompez, je suis très angoissée avec ce qui se passe en France par rapport à la sortie du film. Control freak, ça dépend des moments. Il m’arrive de vouloir tout savoir et parfois, je m’en fous complètement. Je ne suis jamais pareille que la veille. Je ne suis pas très constante. J’ai remarqué que j’étais de plus en plus impatiente. Mais sur l’apparence, j’essaie d’être jolie et féminine parce que je sais qu’on peut vexer parfois en n’étant pas présentable. C’est une façon d’honorer la personne qui nous reçoit.

Parce que j’adore cette chanteuse et que tout le monde me disait que je lui ressemblais. Et puis, j’adore son look. C’était l’occasion de mettre des lentilles de contact et cela nourrit le personnage qui ne sait pas qui elle est. Et qui décide de se cacher les yeux. On peut se dire qu’à partir du moment où elle ôte ses lentilles, elle verra le monde tel qu’il est. C’est peut-être un biais un peu facile mais j’avais envie de le mettre.

Et qui on  cherche à devenir. Mon personnage choisit de se dire: «Puisque les humains ne me protègent pas, je vais choisir un pays car ce dernier m’a toujours protégée.» C’est quelque chose que je pense dans la vie. Il y a des pays qui peuvent faire preuve d’humanité. On peut épouser un pays comme on épouse quelqu’un. Mon personnage demande la nationalité algérienne, le pays qui l’a aimée et qu’elle aime. Dans le film, je n’attaque pas la France. C’est la famille française qui l’a empêchée d’être libre.

L’odeur de son parent ou de son enfant n’est pas anodine. Cela réveille le lien qu’on entretient à la personne. Les odeurs me parlent énormément. Le lien amoureux est, selon moi, fondé à 50% par l’odeur de la peau. Il y a des odeurs sexuelles mais il y aussi des odeurs de fraternité. J’aime les odeurs et aussi les parfums. Céline, Beige de Chanel et des parfums orientaux.

En fait, les deux catégories de gens avec qui j’aime travailler, ce sont soit les stars, soit les acteurs non professionnels. Dans les deux cas, ils sont détendus, ils ont leur charisme et ça ne va pas changer leur carrière de travailler avec moi. Les acteurs qui font des plans de carrière et qui cherchent un rôle pour avoir un autre rôle, ils deviennent tout lisses. Moi, j’aime l’authenticité et l’échange. On ne peut pas échanger avec des béni-oui-oui.

Non, je ne crois pas au mot «famille» dans tous les domaines. En tout cas, je n’en ai pas.

Parce que ça touche le sujet du complexe d’infériorité et que c’est un sujet qui me préoccupe, m’inspire et m’attire depuis toujours. Avoir le sentiment qu’on ne sera jamais à la hauteur de l’intelligentsia. Toute sa vie, la Comtesse du Barry se sentait illégitime. J’aimerais le tourner en 2021. Mais on verra. On se sent vulnérable de tous les côtés.

Pas tant qu’on croit. Des gens s’imaginent que mes films sont des catharsis. Non, franchement, j’ai les mêmes préoccupations avant, pendant et après le film. Mais ce qui me fait en bien, c’est que je m’exprime et que le public reçoive et aime le film. Je reçois une reconnaissance et de l’amour.

Peut-être mais moi, je n’irai pas. C’est devenu un show télé très copié sur les Américains. Ils ont coupé le temps de parole. Vous imaginez un chef-opérateur qui a bossé toute sa vie et qui n’a que quarante-cinq secondes pour s’exprimer quand il reçoit son prix? Et puis, si on vote meilleur réalisateur pour quelqu’un, le César du meilleur film ne peut pas lui revenir. Ils font ça pour qu’il y ait plus de personnes sur la photo des gagnants. De toute façon, c’est devenu un show pour les humoristes.

Ah ça! On a plus parlé de ce qui s’est passé entre Roman Polanski et Adèle Haenel que des gagnants. Je suis contre toute cette bande de féministes qui mélangent tout et lancent des chasses aux sorcières. Je suis pour le pardon. Et la victime de Polanski demande à ce qu’on les laisse tranquilles, elle et lui. Donc, il faut écouter la parole des victimes. Et puis, je suis pour qu’il n’y ait aucune censure. Si on se dit que les artistes doivent avoir les mains propres, il ne restera plus grand monde.

Comme dans son film, Maïwenn a fait le test ADN. «Vous avez vu, je n’ai que des origines du Sud?», me lance-t-elle. Pour sûr, elle n’est pas du Nord (même si elle ne perd pas le Nord…) et son film pas davantage. Ce serait plutôt une plongée dans une famille aux origines méditerranéennes qui va s’écharper après la mort du patriarche. Un grand-père modèle venu d’Algérie. Personne ne prendra sa place de pilier.

La scène des obsèques religieuses – dans une mosquée – avec la chanson de Céline Dion «Parler à mon père» entraînant des rires nerveux pourra ne pas être comprise par tous. Fanny Ardant incarne une mère borderline comme elle sait bien le faire. La touche de légèreté est apportée par Louis Garrel qui a, lui-même, créé ses propres répliques. D’après Maïwenn, Garrel est un génie! (J. L.)

Source: https://www.lecho.be/culture/cinema/maiwenn-realisatrice-je-suis-contre-toute-cette-bande-de-feministes-qui-melangent-tout-et-lancent-des-chasses-aux-sorcieres/10259496.html

Maïwenn

JA News – FR – Maïwenn, réalisatrice: “Je suis contre toute cette bande de féministes qui mélangent tout et lancent des chasses aux sorcières”