« Nevada Smith », les vices cachés de l’Ouest

Un western en charentaises, tanné par plus de cinquante ans de rediffusion télé, ainsi pourrait-on rapidement étiqueter « Nevada Smith ». Il suffit toutefois de replonger dans ce récit de vengeance d’un métis qui traque les assassins de ses parents pour réaliser que le film de Henry Hathaway vaut mieux que ça. Pour la petite histoire, George Lucas et Steven Spielberg ont baptisé leur Indiana Jones en s’inspirant du patronyme du héros. Et, plus près de nous, Quentin Tarantino, dans « Il était une fois à Hollywood », a revêtu Brad Pitt des oripeaux du jeune aventurier campé par Steve McQueen (mocassins Kiowa compris).

Mais l’intérêt de « Nevada Smith » est ailleurs. Entre « le Livre de la jungle » et « Pinocchio », le film retrace le parcours initiatique d’un innocent qui découvre les vices cachés de la civilisation dans les marges d’une Amérique naissante. Mine d’or asséchée, bayous asservissant bagnards et ouvrières, villages californiens terrorisés à parts égales par ses forces de l’ordre et ses desperados… le vieil Ouest traversé par McQueen relève davantage d’un champ de ruines que d’une parcelle enchantée de terre promise. De ce terrain miné surgissent pourtant quelques bons samaritains qui scandent ce périple d’une pluie de gestes modestes et gratuits. Assiette de haricots fumants offerte de bon cœur après une traversée du désert, leçons de choses administrées par un missionnaire en robe de bure…, le film prend soin de mettre l’accent sur les individus respectables égarés dans une masse informe et hostile.

Le tout donne un conte carré, calé, comme beaucoup de westerns des années 1960, entre deux cycles hollywoodiens. Sur la forme, il emprunte à la vieille école – Hathaway apparaît comme une sorte de sous-John Ford humble et sympa. Sur le fond, il navigue dans les eaux troubles d’un Sam Peckinpah ou d’un Arthur Penn (on pense un peu au futur « Little Big Man » qui sortira quatre ans plus tard). Et si « Nevada Smith » traîne un peu la patte, c’est finalement à cause du choix de Steve McQueen, dont la virilité et le calme félin peinent à s’accorder avec la naïveté de jeune chien fou du personnage.

c’est finalement à cause du choix de Steve McQueen, dont la virilité et le calme félin peinent à s’accorder avec la naïveté …….fallait peut etre que le film rapporte aussi

Source: https://www.nouvelobs.com/ce-soir-a-la-tv/20201122.OBS36440/nevada-smith-les-vices-caches-de-l-ouest.html

Nevada Smith

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