Professeur décapité : qui est Abdelhakim Sefrioui, cet islamiste radical placé en garde à vue ?

Il avait la “ferme intention de mobiliser pour une action devant l’établissement”. A l’endroit même où s’entassent désormais des roses. A quelques mètres de la rue où a été sauvagement décapité Samuel Paty, ce vendredi 16 octobre, alors qu’il quittait son collège de Conflans-Sainte-Honorine pour se rendre chez lui. Infatigable militant de l’islamisme radical, Abdelhakim Sefrioui, fait désormais partie des 11 personnes en garde à vue. Interpellé samedi à Evry avec sa compagne,  c’est lui qui avait accompagné le père de famille dans ses actions contre le professeur d’histoire après son cours sur la liberté d’expression. Et c’est lui qui avait mobilisé sur les réseaux sociaux, contribuant à encore accroître la polémique.

En attestent deux vidéos. Dans la première, datée au 8 octobre, il est aux côtés du père de famille, lui aussi mis en garde à vue, pour demander des comptes à l’administration du collège où exerçait la victime. Si on ne voit pas son visage, on distingue clairement l’entrée du collège du Bois d’Aulne et on l’entend vilipender contre ce “voyou”  qui a montré les caricatures de Mahomet, prophète de l’islam, à une classe de 4ème. Il interroge également la jeune fille du parent d’élève qui avait appelé à la mobilisation. 

Dans une seconde vidéo, il se montre face caméra. Et revient sur les faits. Se présentant comme “membre du Conseil des imams de France”, il confirme s’être rendu devant le collège. “On a expliqué la gravité de la chose mais ça n’avait pas l’air de choquer autrement la principale, ni la CPE”, s’étonne-t-il. Barbe déjà bien blanchie par les années et petites lunettes à fine monture au bout du nez, l’homme ne manque pas de vocabulaire pour décrire le prétendu sentiment de ces jeunes enfants qui seraient “choqués, agressés, humiliés devant leurs camarades”. Regard sévère, il en va jusqu’à critiquer le comportement “irresponsable et agressif” de ce professeur qui avait montré des caricatures du prophète sous prétexte qu’il ne respecterait pas “le droit de ces enfants à leur intégrité psychologique”. 

 Un prêche de cinq minutes prononcé avec fermeté. Rien de surprenant, tant Abdelhakim Sefrioui est rodé à l’exercice. Né au Maroc, il a la nationalité française d’après son témoignage dans les pages de La Vie. Interrogé en 2003 dans le cadre d’une série d’entretiens autour de la prière, il a alors 44 ans. Auprès du média chrétien, il détaille notamment le moment de “purification” avant la prière. Pratiqué en silence, chaque partie du corps représentant une tentation doit être lavée. Parmi elles, les “bras et les mains” qui symbolisent “l’envie de régler les problèmes par la violence”. 

Inlassable défenseur de l’islam radical, il est actif en région parisienne depuis la fin des années 1980 si l’on en croit l’Institut de recherche des médias du Moyen-Orient. Père d’au moins une fille et deux fils, on retrouve les traces de son activisme dès 2004. Il est alors à la tête d’une librairie et maison d’édition de la capitale. Baptisée Arrissala et située rue Jean-Pierre-Timbaud, elle est consacrée à l’islam et à la littérature orientale.

C’est là, au cœur du onzième arrondissement, qu’il mène des actions, donnant à ce lieu la réputation de bastion de l’islam rigoriste. Et c’est là aussi qu’il fonde le collectif pro-Palestine Cheikh Yassine. Un nom en hommage au fondateur du Hamas –  tué par l’armée israélienne en 2004 – mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza. A la tête de ce collectif, il organise  pléthore d’actions, de manifestations et d’appels à la prière. D’abord dans l’Essonne pour l’extension d’une mosquée, puis devant la grande mosquée de la capitale et celle de Drancy, pour s’insurger contre les propos jugés trop conciliants des imams à la tête de ces lieux de prière envers la communauté juive. Hassem Chalghoumi, l’ancien imam de Drancy, s’en rappelle. Cible de ce prédicateur et de ses supporters, il décrit auprès de TF1 un homme “radicalisé, qui a un discours de haine victimaire et très dangereux” (voir la vidéo en tête de cet article). En juillet 2014, il participe à un grand rassemblement pour la Palestine, où il scande des slogans à la gloire du Hamas. A la même période, il s’initie à la politique, rejoignant les rangs de Dieudonné dans le cadre de sa campagne avortée pour la présidentielle de 2007. 

Une proximité avec les rangs les plus radicaux qui se fait dans la rue. Mais aussi sur internet. En 2014 Libération nous apprenait en effet que ce groupuscule animait le site de l’association cultuelle Ansar-al Haqq. Une plateforme de recrutement pour partir faire le jihad. Raison pour laquelle il était devenu, selon le quotidien, la cible de nombreux signalements. Jusqu’à pousser le ministère de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, à envisager sérieusement la dissolution du collectif. Mais rien n’est fait. Et malgré tout, Abdelhakim Sefrioui continue à militer. Fiché S, il se présente désormais comme le défenseur des musulmans de France. C’est d’ailleurs en tant que membre du Conseil des imams de France, – l’un des mouvements qui “ont pris aujourd’hui le lead de l’islamosphère”, selon une source proche du gouvernement citée par l’AFP  – qu’il semblerait avoir été contacté par le parent d’élève aujourd’hui lui aussi en garde à vue. Dans la deuxième vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il transforme d’ailleurs ce qui était une affaire de vie scolaire en polémique. Les propos tenus dans le cadre du cours sur la liberté d’expression sont transformés, gonflés, politisés. Le cours devient une sorte de leçon islamophobe, Sefrioui le reliant à l’actualité et au récent discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme. Pour lui, elle serait en fait “la réponse de ce voyou, qui est enseignant, à cet appel du président de la République à haïr les musulmans”.  Voyant une “ligne droite” et une “machine qui s’emballe”, le militant conclut par une prédiction obscure. Que “demain on arrivera peut être à ce qu’il s’est passé à Srebrenica, ce qui s’est passé en Yougoslavie”, en référence au massacre de 8.000 musulmans en 1995. Des propos qui “cherchent à convaincre les musulmans que la France serait un pays islamophobe”, comme l’a expliqué Laurent Nuñez, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte antiterroriste, auprès de l’AFP. “Ils cherchent à les instrumentaliser, à créer un conglomérat. Et au moindre incident, ils se mettent à l’œuvre”. 

Des premières  actions à l’école aux vidéos alarmistes en passant par une plainte au commissariat, il ne fait aucun doute que ce militant a accompagné le père tout au long de son combat contre ce professeur. Et ce jusqu’en garde à vue. Une présence qui suscite l’inquiétude des services de renseignement et du gouvernement. S’il n’y a pas de lien avéré entre ce prédicateur et le terroriste, reste qu’on observe un “lien indirect”, pour reprendre les termes de Laurent Nuñez. Dans une revendication en ligne, l’auteur de cette attaque sanglante citait lui aussi Emmanuel Macron. Décrivant le président de la République comme le “dirigeant des infidèles” il écrivait : “J’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer.” Reste désormais aux enquêteurs de déterminer quel est le rôle d’Abdelhakim Sefrioui et de la mobilisation en ligne dans l’attentat. Et en quoi ses dénonciations ont pu encourager un passage à l’acte.

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