Signes de radicalisation, vidéos sur Samuel Paty… enquête sur les motivations du terroriste de Conflans

Abdoullakh Anzorov a-t-il eu l’idée seul d’aller décapiter Samuel Paty? Ou bien a-t-il bénéficié de complicités intellectuelles voire matérielles? Trois jours après l’effroyable assassinat d’un professeur d’histoire à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), les enquêteurs tentent de comprendre ce qui a poussé ce jeune Tchétchène d’Evreux (Eure) à venir semer la terreur dans un collège de la banlieue parisienne avec lequel il semble n’avoir aucun lien. Onze personnes étaient toujours entendues sous le régime de la garde à vue dimanche soir : dix à la sous-direction antiterroriste (Sdat) et un à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Arrêtés quelques heures après l’attentat au domicile familial à Evreux, les parents d’Abdoullakh Anzorov, son petit frère et son grand-père ont longuement été interrogés par les enquêteurs sur la radicalisation du terroriste de 18 ans et son rapport à l’islam. Ce dernier n’était ni fiché S ni connu des services de renseignement. Tous affirment n’avoir rien su du projet funeste du bourreau de Samuel Paty, qui avait pris son indépendance depuis quelque temps.

« La famille n’a rien vu venir », confie au Parisien l’oncle paternel d’Abdoullakh Anzorov, affirmant que son frère « avait perdu le contrôle » dans l’éducation de son fils. Depuis quelques jours, certains de ses proches avaient toutefois noté un léger changement de comportement et remarqué que le jeune homme évoquait fréquemment les vidéos faisant référence à Samuel Paty et son cours sur la liberté d’expression.

« Je suis tellement désolé pour la famille de la victime et pour la France, souffle, dans un français rudimentaire, cet oncle installé à Toulouse. Abdoullakh ne peut pas découper une tête comme ça. Je ne comprends pas, il a dû se faire piéger sur Internet et tomber dans l’extrémisme religieux. » Arrivée en France il y a 12 ans, la famille Anzorov bénéficiait du statut de réfugié. Dans leur décision, les autorités avaient souligné les « mauvais traitements » subis par le père du futur terroriste en Tchétchénie « pour le contraindre à collaborer avec les autorités » et le risque de persécution dans son pays pour le soutien « à la résistance tchétchène ».

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Ce lourd héritage familial a pesé dans la construction intellectuelle d’Abdoullakh Anzorov. Sur son compte Twitter au pseudonyme « Tchétchène_270 », de premiers indices discrets de radicalisation sont apparus dès cet été. Entre des messages faisant l’apologie de la Tchétchénie libre, le futur tueur avait publié des appels à la violence. Cela lui avait valu fin juillet un signalement par un internaute à la plateforme policière Pharos, laquelle l’avait transmis à l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat). Abdoullakh Anzorov avait aussi été épinglé pour la publication d’une première photo de décapitation, fin août. Ces messages inquiétants n’ont néanmoins pas provoqué d’alerte des services de renseignement.

Deux mois plus tard pourtant, la radicalisation du Tchétchène s’est cristallisée autour de la polémique sur le cours évoquant la liberté d’expression dispensé par Samuel Paty le 5 octobre à Conflans-Sainte-Honorine. Pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves, l’enseignant a été victime d’une campagne de dénigrement entretenue sur les réseaux sociaux, instrumentalisée par Brahim C., un parent d’élève, et Abdelhakim Sefrioui, un militant de l’islam radical fiché S. Sans toutefois que ces derniers n’appellent à s’en prendre physiquement au professeur d’histoire.

Les enquêteurs cherchent à savoir si Abdoullakh Anzorov a été influencé par cette polémique indirectement, en visionnant les vidéos tournées par les deux hommes, ou directement, en ayant échangé avec eux. Le téléphone du tueur est en cours d’expertise afin d’analyser ses messages et historiques Internet — likes ou commentaires sur les réseaux sociaux — les heures et jours précédant l’attentat.

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Selon nos informations, en garde à vue, Brahim C. et Abdelhakim Sefrioui ont assuré ne pas connaître l’assaillant et n’avoir eu aucun contact avec lui. Ils ont également déclaré aux enquêteurs « déplorer la mort de Samuel Paty », tout en persistant à affirmer que la victime n’aurait pas dû montrer les caricatures et « stigmatiser les enfants de musulmans ». En outre, Brahim C. maintient que sa fille a participé au cours sur la liberté d’expression dispensé par l’enseignant tué, ce que l’enquête ne confirme pas.

Au-delà d’éventuelles complicités intellectuelles, l’enquête cherche à déterminer si Abdoullakh Anzorov a bénéficié d’une aide matérielle dans la réalisation de son macabre projet. Dans la nuit de vendredi à samedi, deux hommes se sont spontanément présentés au commissariat d’Evreux. Le premier ami du terroriste, originaire du quartier de la Madeleine comme lui, a amené Abdoullakh Anzorov à proximité du lieu de l’attentat avec sa voiture depuis la Normandie le matin du drame. Le second l’aurait accompagné lors de l’achat d’un poignard retrouvé vendredi sur le corps du terroriste. Ces amis connaissaient-ils la finalité de ce trajet et de cet achat ? Dimanche, un onzième suspect a été interpellé à Evreux par la DGSI, qui souhaite « déterminer son degré d’implication dans l’assassinat » de Samuel Paty.

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